Nîmes université a l'honneur d'accueillir l'exposition individuelle "Atmosphères vivantes" de l'artiste contemporain Season Lao, au sein de la Chapelle du site Hoche récemment rénovée. Ce projet s'inscrit en synergie avec le colloque international Traces and Atmospheres of Disasters, au cours duquel des chercheurs de renom venant de France, du Japon, d'Italie et du Canada s'interrogent collectivement sur la manière dont l'humanité peut comprendre, à travers la notion de "trace", les atmosphères invisibles qui façonnent et animent notre monde. Le vernissage de l'exposition, ouvert à tous, est prévu le mardi 19 mai à 17h sur le site Hoche.
"Atmosphères vivantes" présente d’importantes œuvres de Season Lao qui proposent une réflexion esthétique sur l’atmosphère, la vulnérabilité et la survie. Installée dans la chapelle historique de l’université de Nîmes, l’exposition rassemble des peintures, des installations in situ, des performances et des documents d’archives afin d’explorer comment des paysages dévastés, du bois récupéré, la brume, la lumière et le silence peuvent constituer le lieu d’une mémoire vivante. Plutôt que de considérer la catastrophe comme une simple perte, l’exposition suggère que les lieux et les êtres existent dans un état de transformation permanente. À travers des références philosophiques, notamment à la philosophie japonaise, l’exposition propose de considérer l’atmosphère non pas comme une simple toile de fond, mais comme une condition commune d’existence et de survie.
Exposition accessible les 11, 12, 13, 15 mai et du 18 au 21 mai de 17h à 19h. Si vous souhaitez accéder à l'espace en dehors de ces heures, écrivez à romaric.jannel @ hotmail.com (romaric.jannel @ hotmail.com)
Vernissage et performances : mardi 19 mai à 17h | Colloque international : les 20–21 mai
Commissaire d’exposition : Romaric Jannel (Collège international de philosophie | Université Ritsumeikan)
Cette exposition dépasse le cadre des expositions d'art visuel traditionnelles pour proposer une expérience transdisciplinaire qui inscrit la pratique contemporaine dans un contexte académique plus large. En réunissant des œuvres bidimensionnelles, des installations-performances in situ (Kyoshitsu Shohaku) et un travail de recherche sur les archives, l'exposition invite à une réflexion sur les "situations d'existence".
Lorsque l'art contemporain traite du paysage, il est inévitablement confronté à la dialectique entre matérialité et perception. Tout comme Gerhard Richter a utilisé l'esthétique du "flou" dans ses photopeintures pour remettre en question la véracité de l'image et aborder les spectres de l'histoire, la pratique de Season Lao déplace l'attention de la "production d'objets" vers une orchestration précise de situations ( akya 状況). Cette logique s'illustre dans la section "archives" de l'exposition : du bois charrié et récupéré lors des inondations de 2017 dans le nord de Kyüshü - précédemment exposé à l'Université de Tokyo et au Musée de la philosophie Ishikawa Nishida KitarO (2025) -, au bois tombé des Alpes-Maritimes intégré à son œuvre au Musées des arts asiatiques de Nice (2023). En un sens latourien, ces vestiges n'apparaissent pas comme des éléments inertes, mais plutôt comme des actants dont les spécificités matérielles médiatisent les relations entre catastrophe, mémoire, lieu et corps. Les interventions de Lao dépouillent ces vestiges matériels de leur poids tragique singulier, les transformant en une « atmosphère vivante », saturée d'humidité, de lumière et de mémoire collective. Est ainsi symbolisée une interrogation ontologique sur le caractère "sans signe" (musa 無相) d'importantes dimensions de l'existence humaine, suspendues entre destruction et durabilité.
En outre, l'exposition s'inscrit de manière organique dans le travail de terrain de longue haleine mené par l'anthropologue Mathieu Gaulène (Nîmes Université), contribuant ainsi à articuler un paysage philosophique distinct. À travers le concept de "milieu" (fado 風土) d'Augustin Berque, l'exposition soutient que l'environnement n'est pas une simple toile de fond extérieure à l'expérience humaine, mais un réseau complexe d'interdépendances (engi 縁起) intimement lié à l'existence humaine. À travers l'étude de formes de vie endommagées - allant des conséquences du séisme de Rikuzentaka-ta (2012) aux mélèzes frappés par la foudre de la "Vallée des Enfers" (2021) -, l'exposition présente la logique de la "binégation" (ryahi 両非) du philosophe Yamauchi Tokuryü. Ce fondement créatif constitue un pas vers le dépassement de l'opposition binaire entre "guérison" et "ruine". Ces entités blessées mais qui continuent de croître rappellent l'"être-au-monde" (ln-der-Welt-sein) heideggérien, suggérant que l'essence de la vie réside dans un état de vulnérabilité exposé à une incertitude perpétuelle.
Dans la chapelle de l'université de Nîmes - un espace marqué à la fois par son histoire et par un nouvel élan académique -, la pratique de Season Lao invite le spectateur à repenser la notion d'agentivité. En recourant à une esthétique du vide intentionnel (yohaku 余白), l'artiste transforme la circulation de l'air, du son et de la lumière en supports perceptibles, faisant de la présence du spectateur le paramètre final qui complète la présence situationnelle de l'œuvre. "Atmosphères vivantes" se veut une révélation pour l'avenir. Elle postule que l'atmosphère n'est pas un simple objet esthétique, mais une condition fondamentale et partagée de survie et de coexistence. À une époque marquée par des catastrophes planétaires, cette collaboration entre recherche artistique et réflexion académique nous invite à un voyage pour explorer la possibilité d'une réconciliation renouvelée entre l'humanité et le monde naturel, au milieu des bouleversements d'une ère incertaine.
Le vernissage se tiendra le mardi 19 mai à 17h, au sein de la chapelle du site Hoche, en présence de l'artiste qui proposera une performance spéciale à cette occasion
Ouvert à tous, sans inscription
L'exposition est accessible de 17h à 19h les 11, 12, 13 et 15 mai, et du 18 au 21 mai.
Si vous souhaitez y accéder en dehors de ces horaires, écrivez au commissaire de l'exposition
Romaric Jannel (romaric.jannel @ hotmail.com)